La Communauté agile s’adresse t’elle a ses « Customers » ?

Comme l’ont mentionné  Laurent Blondon, ou Olivier Azeau, l’agile tour de toulouse, a été un grand succès, et effectivement les sessions ont été très riches en terme de sensibilisation, notamment les valeurs agiles, mais aussi sur des pratiques techniques… et il y avait beaucoup de monde (477 personnes, merci claude d’avoir compté ;)… record! Et encore une fois bravo à l’équipe organisatrice pour le travail fourni !

Quelle audience ?

Logiquement et même si quelques personnes venaient du métier, beaucoup des 477 personnes venaient du milieu IT (Services informatiques des sociétés utilisatrices, consultants, SSII…) ça tombe bien puisque l’agilité traite essentiellement du développement logiciel…

Je pense que l’objectif est gagné à ce niveau, partager les pratiques, avoir des retours d’expériences agiles.

Par contre, la journée à mal tournée 😉 quand Alexandre Boutin a clôturé avec son keynote :  Agile Unlimited, il nous a fait un show lazer avec des bisounours pour finir d’achever l’euphorie … et il a levé une vigilance importante pour tout ceux qui veulent diffuser l’agilité dans une entreprise… :

« Soyez vigilant par rapport à la culture !… »

Merci Alexandre .. 🙂

Manifeste pour une cible qui ne vient pas

Moi aussi je vais parler de culture… connaissez-vous le livre « Le désert des Tartares »  de Dino Buzzati ? Ça change un peu de star strek et de bisounours (dixit le keynote agile unlimited :)) Dans ce roman, un lieutenant va orienter sa vie à se préparer pour contrer l’ennemi.. On perçoit fortement l’impuissance qu’il fait face à la triste réalité,  face à l’écoulement du temps qui va d’ailleurs lui être fatale (et pourtant il s’était beaucoup préparé), il va construire des croyances et des certitudes sur des fondements qui vont au finale le tromper. Il s’est laissé attiré par une lente isolation, une zone de confort qui l’a rendu aveugle. Pourtant toute sa vie a été dévouée dans le combat de l’ennemi qui au final arrivera au moment ou lui même va se retirer.

Ce que j’essaye de dire par ce récit est : Comme le lieutement retranché dans sa forteresse, ne sommes-nous pas (la communauté agile) en train de dépenser notre énergie à vouloir convaincre une audience… qui n’est pas bien connue ?

Le manifeste agile a été écrit en 2001, peut on aujourd’hui être satisfait de sa diffusion dans les métiers ?

La communauté agile : c’est notre forteresse & notre (ré)confort ?

On est d’accord : un paradoxe effarant se ressent, que cela soit à l’agile tour de Toulouse ou dans tous les événements agiles  : il ne semble pas nécessaire de convaincre les personnes présentent du bien fondé de l’agilité, car ils font partie des early adopter, la difficulté comme le dit justement Michael Sahota (encore une fois mentionné par Alex) … est « Cross the chasm » (traverser le gouffre) et d’atteindre notre cible : les individus du métier ..

Zone d’influence difficile à atteindre

Vous avez peut être échappé à ces fils de discussion sur twitter, ou ici entre quelques agilistes,  montrant le décalage entre les consultants de grands cabinets ou de plusieurs DSI, qui s’approprient dans leur sphère d’influence une agilité quelques fois à contre sens, et le positionnement des agilistes, que certains catégorisent comme une secte (la forteresse)

Peut-être que les réseaux autour des métiers ou des DSI (cigref, grands cabinets organisationnels, CIO Magazine) et la communauté agile… sont à l’opposé et cela constitue exactement la même situation d’éloignement l’un envers l’autre que notre lieutenant dans sa forteresse envers son ennemi invisible.

Certes il existe des initiatives agiles cohérentes poussées par les DSI, mais cela reste fragile.

Je ne dis pas que nous nous (communauté agile) reposons sur nos lauriers, c’est même l’inverse, ça avance très vite : beaucoup de pratiques agiles sont présentes aujourd’hui, et énormément d’idées émergent, on peu d’ailleurs dire qu’une « nouvelle era agile » démarre, comme le prouve par exemple le programme très très riche d’agile grenoble 2012 , DSI vous êtes vraiment en retard :-o)))

Mais nous devons aussi absolument prioriser tous nos efforts sur le rapprochement des individus en terme de communautés, surtout que justement nos cultures diffèrent.

Je pense que nous avons bien avancé sur « le produit » agile, maintenant il s’agit de mieux comprendre l’utilisateur de l’agilité… :

Customer développement, pour l’agilité aussi !

Il est donc essentiel de prioriser tous les efforts sur cette fameuse différence culturelle, qui sépare l’IT, les Métiers, les DSI, les différents domaines Métiers. Prenons l’exemple que nous connaissons : le développement de produit, on est d’accord que l’agilité doit comprendre et apprendre comment les utilisateurs travaillent et se comportent pour développer un bon produit, pour cela il est nécessaire d’entrer en contact avec eux, d’identifier et valider les hypothèses d’utilisation, de valeur, recueillir régulièrement leur feedback, et adapter.

Pourquoi ne pas appliquer ces principes lors de la diffusion de l’agilité, dans l’entreprise ou par la communauté agile ?

Il s’agit de sortir du bureau et moins, dans un premier temps, se concentrer sur l’essence de l’agilité, mais d’abord d’identifier les canaux qui nous mènent aux métiers, aux décideurs, au coeur des entreprises. Et a chaque nouvelle idée en terme d’agilité, de l’expérimenter concrètement.. Car ce qui est intéressant c’est l’usage dans un contexte réel qui en est fait. En appliquant les grandes phases du customer développement, on valide ainsi la réalité des pratiques…

  • Customer Discovery : Quels sont les futurs utilisateurs de l’agilité ? Quels sont leurs besoins ? Quelles pratiques pourront apporter des solutions ? Tester des hypothèses, être dans l’erreur …
  • Customer Validation: On valide que le segment (métier, la DSI, domaines sectoriels ) est atteignable et prêt à utiliser et à investir dans l’agilité …
  • Customer Creation : il s’agit de créer des leviers de développement et de diffusion, touchant les segments similaires aux premières expérimentations.

Pour en revenir à notre lieutenant, il s’agirait d’abord de connaitre l’ennemi, de savoir s’il est loin, s’il va venir, avant de construire sa forteresse..

Bien entendu tout cela est imagé, facile à dire, pas facile à appliquer, mais n’est-ce pas la priorité ?

L’objectif est de comprendre, et d’apprendre leS cultureS .

Alors la prochaine étape … je sors du bureau !..

Merci à Laure Alberti pour la photo ! 🙂

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2 Commentaires

  1. Pingback: Un Lean Canvas pour l’Agilité | Sébastien Sacard

  2. Je confirme !

    Cette forteresse, je l’ai vu se construire quand j’ai découvert l’agilité en 2005, sans vouloir y rentrer. J’ai pratiqué et appris de mon côté, patiemment, en allant faire un petit tour de temps en temps dans la forteresse.

    Puis j’ai vu les SSII vendre des châteaux de cartes. Les DSI ne cherchent ni l’un, ni l’autre.
    Je l’ai vu et compris en parlant à beaucoup de DSI, et en les observant.

    Tu as tout à fait raison : il faut sortir de son bureau, et tenter de découvrir le Problème qui mérite vraiment une Solution ! Aujourd’hui l’agilité est une Solution à la recherche d’un Problème.

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